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 Le Navigo (épisode pilote)

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Sylvouroboros
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MessageSujet: Le Navigo (épisode pilote)   Lun 5 Fév - 3:26

Bon, je vais répéter ici ce que j'ai dis sur fusion, mais en plus court.

"Vanité" est dans le coma. Je n'abandonne pas, mais je passe néanmoins à quelque chose de plus simple et agréable à écrire.

Le Navigo.

Episode Pilote.

C’était une belle soirée de printemps… Chaque fois qu’une histoire commence de cette manière, le lecteur sait à quoi s’attendre. La suite ne peut être qu’une description longue et détaillée d’une situation tout à fait banale, servant de prologue à l’histoire à proprement parler. Ici, il faut se représenter la nuit tombant sur la ville de Paris. Ce n’est pas un soir de coupe du monde. Ce n’est pas le décompte électoral. Il n’y a pas d’émeute en banlieue. La SNCF n’est pas non plus en grève, ce qui à la réflexion constitue peut-être un fait inhabituel, quoique de toute manière sans intérêt pour la suite de l’histoire. C’est également à travers ce type de narration que le lecteur fait généralement connaissance avec le héros. Je vous présente donc notre protagoniste principal : Laurent Nolim. Il s’agit d’un jeune homme de vingt-et-un ans, étudiant en maîtrise de biologie moléculaire et cellulaire à l’université Pierre-et-Marie-Curie. Laurent a des amis, mais n’est pas très sociable et n’a jamais mis les pieds dans une boite de nuit. Laurent aime les filles, mais n’en a encore jamais embrassé une. Il se peut que Laurent soit un looser, mais c’est difficile à dire vu qu’il n’essaye même pas. Comme il le dit lui-même, à quoi bon troubler sa bulle de tranquillité ? La vie l’obligera tôt ou tard à assurer sa subsistance, et il sera alors temps de renoncer au farniente. D’ici là, il se satisfait de son existence, fut elle incomplète de l’avis de certains. Tout cela ne l’empêche évidemment pas de rêver d’aventure, d’action, de danger et de romance. Laurent est d’ailleurs un fan inconditionnel d’une série télévisée, de type héroïcofantasicoscientofictiorétrofuturiste, affublée du titre improbable de « Wormhole Xtreme », dont il a vu tous les épisodes plusieurs fois. Afin de donner à tout ceci une dimension métaphorique, le narrateur aura soin de faire remarquer la présence de l’habituel nuage de pollution au dessus de la ville-lumière, bouclier orange-fluo cachant les étoiles aux yeux des citadins. Alors que notre histoire se met en route, Laurent déambule dans une rue, en direction d’une exposition sur les fossiles marins. Il est seul, comme toujours, et ravi à l’idée de découvrir de vagues traces de scorpions géants figées dans la roche. Après une ellipse temporelle, due au fait qu’il n’y a vraiment rien à raconter, nous le retrouvons dans une galerie, debout devant un gros rocher. Celui-ci porte la trace d’un mollusque mal défini, une grosse protubérance en cercles concentriques, qui aurait pu passer inaperçue à tout autres yeux que ceux du scientifique qui l’avait ramené ici. Afin d’observer la chose de plus prés, Laurent s’approche et tend le cou vers le centre de la cible. C’est à ce moment précis, et pour les besoins de l’histoire, que le monde bascule, enfin, dans le domaine de l’inhabituel et de l’étrange. Voici que l’antique roche se craquelle et s’effrite, révélant une sorte de métal sombre, et que la protubérance se déplie à la manière d’un bras télescopique. Ce bras saisit le crâne de Laurent, dont le regard se retrouve assailli de lumières colorées. Ces lumières sont la dernière chose que Laurent voit avant de perdre connaissance. Lui qui ne voulait pas se prendre la tête, autre chose s’en est chargé pour lui.

#

Même endroit, trois heures plus tard. Les lieux avaient été évacués, et seuls s’y trouvaient désormais des hommes du NID. Ils étaient trois, et l’un d’entre eux était penché sur le socle d’exposition du rocher. Il manipulait un appareil d’origine Alteranne au dessus de l’emplacement désormais vide. Après plusieurs minutes passées à lire les données affichées par l’appareil, il prit la parole.
-Les relevés sont similaires à ceux laissés par une désintégration au Zat. Cela corrobore les témoignages comme quoi le rocher se serait volatilisé dans une série d’éclairs électriques.
-Et aucun témoin n’a vu qui que ce soit manipuler une sorte de pistolet ?
-Aucun. Il faut en conclure que l’appareil s’est d’une façon ou d’une autre autodétruit.
-Et d’après ces mêmes témoignages, il n’y a aucun doute possible sur la nature de l’artefact. C’était une « bibliothèque » des Anciens. Qui sait de quelle sorte de savoir ce pauvre gars a hérité ? Il pourrait se réveiller à l’hôpital avec toute la connaissance des bâtisseurs de la porte.
-On va avoir du mal à faire le silence sur cet incident.
-Nous avons la pleine collaboration des autorités françaises.
-Oui, mais vous connaissez les grenouilles. On a intérêt à téléporter tout ce qui peut l’être sur l’Odyssée, et vite. En particulier ce « pauvre gars ». L’infirmerie du vaisseau s’occupera sans doute mieux de lui que l’hôpital.
-Je transmet immédiatement l’ordre, dit l’un des agents en se retirant à l’écart.
-C’est dans ces moments là que j’aimerais avoir un neurolyseur. Dommage qu’aucune équipe SG n’est jamais été fichue de nous en ramener un.
-Il y a bien le pins Goa’uld, selon comment on l’utilise, ou cet autre appareil apprécié du colonel Mitchell.
-Mais on ne peut pas s’en servir à distance, ni sur plusieurs personnes à la fois.
-La victime est maintenant à bord de l’Odyssée, les informa leur collègue en revenant. D’après l’infirmerie, il tarde encore à se réveiller.
-Qu’il profite de son sommeil. Le réveil sera certainement pénible.

#

Le réveil s’apparentait à une gueule de bois. Mais Laurent n’avait jamais bu un verre entier d’alcool, aussi la sensation était elle pour lui entièrement nouvelle. Son regard mis plusieurs secondes à sortir du flou, et il découvrit l’infirmerie de l’Odyssée. Il y avait aussi là une infirmière, au demeurant plutôt mignonne. Laurent se dit que les événements avaient après tout du bon.
-Bonjour, dit aimablement l’infirmière.
-Navigo, répondit spontanément Laurent.

Ce qui le plongea dans un océan de perplexité. Mais le plus étrange était que l’infirmière n’en paraissait pas autrement surprise. C’était comme si elle s’y attendait. Elle affichait cependant un air triste, comme une infirmière qui vient de reconnaître un symptôme inquiétant.
-Vous parlez la langue des Anciens, diagnostiqua t’elle.
-La langue des Anciens ? s’étonna Laurent. Non. Je parle un anglais approximatif, et j’ai des restes d’espagnol, mais j’ai laissé tomber le latin en quatrième.
-Mais vous ne savez pas d’où est venu ce mot ?
-Il a franchi mes lèvres, juste comme ça.
-Restez ici. Je reviens dans un instant.

#

Le lendemain, sous la montagne Cheyenne aux USA. Le général Landry tenait conférence avec l’équipe SG1. A l’origine, SG1 n’était que le premier d’une série de quatuors en missions sur d’autres planètes, mais il était désormais admis de longue date que les membres de SG1 participaient de la direction de la base, quel que fut leur grade ou poste. Nul n’aurait d’ailleurs songé à manquer de respect au docteur Daniel Jackson, lequel, s’il n’avait jamais embrassé la carrière militaire, collectionnait pourtant les actes de bravoure face à l’ennemi. Nul, non plus, ne se serait montré hautain et méprisant devant Teal’c, mais pour des raisons plus percutantes. Le lieutenant-colonel Samantha Carter et le colonel Mitchell tenaient également beaucoup plus lieu de conseillers que de subordonnés du général Landry. Le sujet de la discussion était Laurent Nolim.
-Le mot « Navigo » a plusieurs significations en Ancien, expliquait le docteur Jackson. Il désigne le voyage, mais aussi le moyen du voyage.
-Ce pourrait il qu’il soit question d’Ascension ? demanda le colonel Mitchell.
-Sur un seul mot, je ne saurais dire.
-Il est toujours question d’Ascension.
-Quoiqu’il en soit, poursuivit l’archéologue, le fait que ce mot ait surgi de l’esprit de monsieur Nolim complètement hors contexte me porte à penser qu’il fait office d’explication, ou de résumé, de ce que cet homme a reçu. Le savoir en question doit être une sorte de clé.
-Comme… un passe ?
-C’est une autre façon de le dire, oui. D’après le médecin de l’Odyssée, son activité mentale n’est pas différente de celle de n’importe qui. Toujours d’après ce même docteur, il n’a pas non plus manifesté d’autre « charabia Ancien » depuis ce premier mot, précisa le docteur Jackson avec une contrariété retenue.
-Cela nous porte à penser que le savoir transféré devait être très spécifique, intervint Samantha Carter. Ce pourrait effectivement n’être qu’une clé, une information insignifiante mais essentielle pour accéder à… autre chose.
-Et avez-vous la moindre idée de la nature de cette « autre chose » ? interrogea calmement le général Landry.
-Avec votre permission, expliqua Carter, nous souhaiterions le faire asseoir sur la chaise trouvée en Antarctique. Ainsi mis en relation avec la technologie télépathique des Anciens, Nolim pourrait activer quelque chose, ou cela pourrait réveiller quelque chose en lui.

Vis-à-vis de SG1, le travail de Landry consistait le plus souvent en des décisions binaires de type oui/non. Ou bien le plan était bon, ou bien le plan était bon mais ne passerait pas auprès de ses supérieurs.
-Fort bien. Contactez l’Odyssée et faites ce petit voyage. Ce sera tout.
-Mon général.
-Mon général.
-Monsieur.
-En effet.

#

Laurent Nolim était allé à Londres, à Venise, à Séville, et au Tyrol, mais tout cela remontait à sa petite enfance. Se retrouver ainsi catapulté de l’hexagone à l’Antarctique le déstabilisait quelque peu. Surtout qu’il avait entre temps appris se trouver à bord d’un vaisseau spatial, et que c’était bel et bien au moyen d’un téléporteur que l’on venait de le descendre au sol.
-C’est exactement comme la technologie des Avantgardes dans Wormhole Xtreme ! Mais sans l’effet « rideau de douche » qui a valu à Martin Loyd son procès avec les producteurs de Star Trek, précisa t’il.
-Vous êtes vraiment fan de cette série, commenta Samantha Carter.
-De la première heure ! Enfin, je n’avais pas lu le livre lorsque l’épisode pilote est sorti, mais je me suis rattrapé depuis. Tout de même, une téléportation en vrai, c’est incroyable ! Vous êtes certaine de ne pas pouvoir m’en dire plus ?
-Pas à ce stade. Secret défense, désolée.
-Un « secret défense », répéta Laurent avec un geste des doigts façon docteur Denfer, un vrai, c’est dingue !

L’équipe SG1 escorta son invité jusqu’au fauteuil de contrôle. En le voyant, Laurent écarquilla les yeux.
-Mais c’est un fauteuil psionique des Alternatifs, ça ! En tout cas, ça y ressemble, mais sans le revêtement en papier alu. Ne me dites pas que ce truc sert vraiment à contrôler cet endroit par la pensée ?
-Il se trouve que si, l’informa Carter.
-Dingue ! Mais il faut le gène des Alternatifs pour pouvoir s’en servir, non ?
-En fait, il s’agit du gène des Alterans, ou « Anciens ».
-Oh ? Vous n’allez pas me dire que les Goules existent aussi à une différence d’orthographe prés ?
-Asseyez vous sur le siége, monsieur Nolim, insista Carter, que nous voyons s’il se passe quelque chose.

Il se passa ce qui se passe chaque fois qu’un porteur du gène prend place sur le siége. L’appareil s’éclaira et se rabattit en arrière. D’habitude, il faut un effort conscient de l’utilisateur pour que quoi que ce soit d’autre se produise, mais, cette fois, une carte holographique surgit aussi spontanément que les mots prononcés par Laurent.
-Lantia, Atlantis.
-Déjà-vu, commenta Daniel Jackson.
-C’est moi qui génère ça ? s’inquiéta Laurent.
-Nous pensons que l’appareil de l’exposition vous a légué une pensée, laquelle est responsable de ceci. Nous supposions une sorte de clé mentale, mais c’est apparemment aussi une carte, ou une boussole. Toutes choses pouvant être désignées par le mot « Navigo ».
-Les Anciens devaient avoir du mal à se comprendre, non ? intervint Cameron Mitchell.
-Ils avaient des mots très précis, expliqua Daniel. Mais aussi des mots à tiroirs, comme celui-ci.
-Quoi que ce Navigo active, conclut Carter, cela doit se trouver sur Atlantis.
-Heu, hésita Laurent dont l’anglais manquait de pratique orale, êtes vous en train de parler de la cité d’Atlanta ?
-Non, Atlantis, rectifia Cameron.
-Atlantis… L’Atlantide ? (en français dans le texte). Vous êtes en train de parler de la cité perdue de l’Atlantide ?
-C’est précisément cela, oui, confirma Daniel en français dans le texte.
-Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un rêve ou d’un cauchemar, dis Laurent en se prenant le visage dans les mains, mais je vais me réveiller avec une grosse bosse sur la tête, c’est obligé.
-J’ai dans l’idée, Laurent Nolim, déclara Teal’c, que votre voyage au pays du lapin blanc ne fait que commencer.

Laurent risqua un regard incrédule par-dessus ses pouces.
-Bienvenu dans le monde réel, ajouta Teal’c en haussant un sourcil.

#

Et c’est ainsi que, une semaine plus tard, Laurent se retrouva à bord d’un autre vaisseau, nommé le Dédale, avec toutes ses affaires, pour un voyage vers une galaxie lointaine, très lointaine, où il était supposé trouver une quelconque utilité à la mystérieuse force qu’il possédait désormais en lui.


Dernière édition par le Lun 5 Fév - 3:42, édité 1 fois
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Sylvouroboros
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Lun 5 Fév - 3:26

Le Dédale effectue régulièrement la navette entre la galaxie de la Voie Lactée et la galaxie de Pégase. En bonne logique, le moral de l’équipage devrait être passablement bon lors de ces voyages. Après tout, les trajets vers la Terre sont synonymes de retour au foyer. Quant à Atlantis, le climat sud-méditerranéen additionné à l’autorité civile donne à la cité océanique des airs de station balnéaire. De quoi donner de l’espoir et faire oublier la longueur du voyage. Pourtant, les faits sont là : ces traversées sont toujours marquées par la morosité. La raison de ceci se résume en deux syllabes : Caldwell. Le colonel, commandant du Dédale, a jadis été l’hôte d’un Goa’uld. Sous l’influence du parasite, il s’est montré antipathique envers le docteur Elisabeth Weir, a exigé de ses hommes une attitude spartiate en toute circonstance et en particulier sur Atlantis, a fait montre d’un caractère froid et austère, et de façon générale a été l’un de ces chefs militaires pour lesquels la tension ne doit jamais retomber. Dés lors que le Dédale avait connu le stress d’une attaque de vaisseau ruche Wraith, le commandant se chargeait à lui seul de faire de ce stress la norme à bord de son vaisseau. Une fois le Goa’uld identifié et retiré du corps de son hôte, tout le monde espérait découvrir enfin le vrai Caldwell, sans doute un gars sympa et décontracté. Des témoins l’ont affirmé, Caldwell a effectivement souri et fait montre de chaleur humaine après l’opération. Ces témoignages ne font l’objet d’aucune mise en doute, mais à la façon des témoignages d’apparitions de la Vierge Marie, à savoir le désir humain de surnaturel. La réalité quotidienne, c’est que personne ne voit vraiment de différence entre avant et après l’extraction du parasite. A ce pénible état de fait vient encore s’ajouter un facteur aggravant, lui aussi en deux syllabes : Hermiod. Le technicien Asgard du Dédale, chargé d’entretenir les dispositifs offerts par son espèce, a été désigné pour une raison très simple. Aucun Asgard ne voulait de cette mission, et tous les Asgards avaient de longue date décidé de se débarrasser d’Hermiod à la première occasion. Si Hermiod était humain, il s’appellerait Kavanagh.

Laurent feuilletait un rapport confidentiel, rédigé dans le but d’expliquer aux nouveaux membres de l’expédition les grandes lignes de la situation pégasienne. Il faisait cela à la cafétéria du Dédale, c'est-à-dire dans une salle exiguë contenant une table, une armoire, une cafetière électrique, une théière électrique, et un petit réfrigérateur. La cafetière était décorée de dessins d’agrumes. Le thé était du lipton lemon. Le réfrigérateur contenait essentiellement de la limonade. Tous ces détails avaient pour but de repousser un occasionnel troisième sujet de contrariété en deux syllabes, comme l’ail repousse le vampire assoiffé. Mais Laurent ignorait encore cela. Il était seul dans la salle, en dehors d’Hermiod. Ce dernier avait amené sa propre cafetière, modèle Asgard, et se concoctait un épais mélange à base de cachés de vitamines, de cuillerées de farine, de pincées de sel, de morceaux de sucre, et d’eau. Chez les siens, c’était parait il ainsi que l’on se nourrissait. Une alimentation à base de nutriments purs. Son organisme devait malgré tout rejeter quelque chose, mais aucun biologiste ne s’était risqué à tenter d’analyser la nature ou le comment de la chose. Laurent tournait lentement les pages du rapport, tandis que l’extraterrestre demeurait tout aussi silencieux. Au bout d’un moment, le jeune homme se sentit obligé d’engager la conversation. Pourtant, il n’avait aucune obligation de cet ordre, mais vraiment aucune.
-Alors, comme ça, vous êtes un dieu viking ?
-[Contraction des paupières].
-Du type casque à cornes, côte de maille et marteau, quoi ?
-[Contraction des lobes crâniens].
-Enfin, ça, c’est les hologrammes que votre peuple projetait à nos ancêtres. Mais, vous est il déjà arrivé d’en porter pour de vrai ?
-[Lobes oculaires écarquillés].
-Si je vous demande ça, c’est à cause d’un MMORPG en préproduction. Il s’appelle Wormhole Xtreme Worlds, et vous y avez un équivalent habillé comme ça. Il ne lui manque que la barbe pour…
-[Penchement de tête].
-Disons qu’on trouvera sûrement des joueurs appelés Gurdil.
-[Je me reconcentre sur ma cafetière en marmonnant, dans ma langue que même Daniel Jackson il sait pas la traduire].

Laurent pensa avoir fait une gaffe. Pourtant, il venait d’avoir une conversation standard avec Hermiod.

#

Plusieurs semaines plus tard, le Dédale sortit d’hyperespace à proximité de la planète Lantia. Une part de l’équipage fut téléportée sur Atlantis, ainsi que diverses personnes devant rejoindre l’expédition. Laurent en faisait partie. Le docteur Weir adressa un bref discours de bienvenue aux nouvelles recrues, puis s’adressa plus spécifiquement à Laurent.
-Pour vous, monsieur Nolim, les choses sérieuses commencent tout de suite. Ces messieurs vont se charger de vos bagages, pendant que nous nous rendons à la salle du siège de contrôle.
-Mon travail consiste encore à m’asseoir ?
-Basiquement, oui. Nous espérons une quelconque réaction de la cité à votre présence.

Ici, le narrateur s’en excuse, mais il ne voit vraiment aucun autre terme que celui de « placard de transport » pour désigner le type de téléporteur emprunté par Laurent et Elisabeth. La Voie Lactée avait des « anneaux de transports », et les hommes de l’expédition pégasienne ont bel et bien pris ces petites salles pour des placards la première fois qu’ils les ont rencontrées. Quoi qu’il en soit, le docteur Weir et son invité se retrouvèrent en un clin d’œil à proximité de la salle du fauteuil. Ils y furent accueillis par les docteurs McKay et Zelenka, avec qui Laurent échangea les politesses d’usage, avant que Rodney McKay le presse de commencer l’expérience. Laurent prit donc place. Le fauteuil s’alluma et se rabattit en arrière. Voici alors ce qui se produisit…

Rien. Laurent essaya de fermer les yeux et de se concentrer. Il prononça plusieurs fois le mot « Navigo » et tenta même une variante « cartas imagïn hêr » dans ce qui était cette fois du charabia authentique. Mais cela n’eut pas plus d’effet.
-Ce n’est pas grave, dit Elisabeth. Je vais vous conduire à vos quartiers, et demain nous tenterons une autre approche.

Laurent quitta le siège, l’air de s’excuser, bien que personne ne lui adresse le moindre regard de reproche, à l’exception de Rodney. Le docteur Weir et Laurent retournérent au placard de transport, et Elisabeth invita Laurent à actionner l’écran tactile. Lorsque l’index droit de Laurent entra en contact avec l’écran, celui-ci s’éteignit, puis se ralluma. Sur la carte de la cité, la position d’un nouveau placard de transport était indiquée.
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Lun 12 Fév - 1:45

Entre autres qualificatifs s’appliquant à la cité d’Atlantis, il y avait celui de « vaste ». Son exploration prendrait des années, et l’expédition lui dédiait les deux tiers de son temps. Chaque fois qu’un terrien, dans un couloir, ouvrait une nouvelle porte, la salle ainsi révélée pouvait appartenir à trois catégories distinctes. La catégorie I consistait en un espace soit vacant, soit occupé par un mobilier pouvant visiblement être bazardé ailleurs. Pas grand-chose de plus, donc, qu’un plancher relié à un toit par au moins quatre murs, trois à la rigueur, ce qui correspondait à l’idée que l’on se fait habituellement d’une salle, disons, « honnête ». La catégorie II accusait un appareillage posant des problèmes du type « Nous avons ici une grande pièce dont le plancher est enfoncé en son milieu. Plusieurs tuyaux y aboutissent et en partent. La pièce possède également deux échelles métalliques, dont l’une descend dans le renfoncement et l’autre soutient une longue planche possédant une certaine élasticité. Que devons nous faire ? ». Tout technicien incapable de comprendre d’instinct l’utilité de remplir l’espace inférieur d’eau avant d’utiliser la planche avait par la suite du mal à imposer son point de vue quant au mode d’emploi des salles de catégorie III, à savoir ces mystérieuses salles renfermant une technologie a priori incompréhensible au commun des mortels, avec tous les espoirs et toutes les craintes que cela signifiait. Le docteur Rodney McKay avait, en une malheureuse occasion, classé dans la catégorie II une salle appartenant en réalité à la catégorie III, mais le lecteur sait déjà cela.

Si les salles de type III étaient le motif premier de l’expédition, les salles de types I et II jouissaient d’une sympathie certaine auprès de ses membres. Outre les nombreux appartements d’habitation, on comptabilisait désormais une cantine, une salle de sport, une infirmerie, une bibliothèque (mais pas à l’ancienne… enfin si, justement, mais dans l’autre sens du terme… avec des livres, quoi), une salle de cinéma, une salle de conférence, une galerie d’exposition, une piscine (mais j’espère que vous aviez compris), un sonna, un terrain de basket, un cour de tennis, une discothèque, un club de jeux de sociétés, un conseil syndical (seul véritable leg du docteur Kavanagh), un stand de tir, une salle de méditation, une lingerie, et divers autres lieux. A l’époque où l’expédition partageait la cité avec le peuple athosien, il y avait également là une garderie, une salle du conseil, et une foire commerciale. Et parce que la nature humaine emporte avec elle ses maux où qu’elle se rende, la cité comportait aussi un dépotoir, une morgue, une synagogue, une église, une mosquée, un temple, et un club de pétomanes. Il n’en restait pas moins que la vie sur Atlantis présentait certains avantages par rapport à celle au SGC. La base de la montagne Cheyenne avait beau être techniquement ouverte sur les espaces infinis, elle n’en restait pas moins un trou souterrain, et ne soutenait pas la comparaison avec la cité.

Laurent fut déçu d’apprendre qu’il venait de faire sortir de l’ombre une bête salle de catégorie I. Ce n’était en effet qu’un simple appartement d’habitation, de modèle atlante standard, et il ne contenait rien sortant de l’ordinaire. Sa seule particularité était d’être coupé du réseau de couloirs, dénué de fenêtres, et uniquement accessible par le placard de transport, à condition de posséder le Navigo. Un ordinateur y avait été abandonné, et contenait encore les fichiers personnels d’un Ancien, lesquels ne révélaient aucun des secrets de l’univers, mais s’avéraient être des albums photo, des listes de courses et autres notes éparses, le programme holographique d’un bocal à poissons rouges, et divers témoignages de la vie privée du propriétaire des lieux. A la lecture des textes, on pouvait même affirmer avoir affaire au sanctuaire d’un misanthrope. Laurent se dit que, si l’on ignorait la barrière de la langue, il était peut être le plus qualifié pour étudier la morosité fossilisée dans ces murs. Sa pensée suivante fut que le docteur Weir possédait peut être des dons de télépathie, vu qu’elle lui proposa de perfectionner sa maîtrise de l’Ancien à travers l’ordinateur en question. Laurent exprima une hésitation, mais un regard de Weir lui fit comprendre que la proposition avait valeur d’ordre.

Aux yeux de sa fac et de sa famille, Laurent était prétendument en stage. Tandis qu’il se retrouvait sagement dans son coin à effectuer une tâche jugée basique, il se dit que le mensonge n’était finalement pas si éloigné de la réalité. Il s’accrochait cependant à un espoir. On serait surpris par le nombre de stagiaires ayant changé la face du savoir humain.
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Lun 12 Fév - 1:55

la suiiiiiite.
"cri hystérique, qui comme son nom l'indique provient d'une femme en transe"
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Jeu 15 Fév - 21:26

Laurent était de ces personnes dont on se souvient facilement. Teint pâle, yeux noirs, cheveux bruns, menton pointu… à première vue, son visage n’avait rien de spécial, mais il exerçait pourtant quelque étrange influence sur la mémoire des gens. Laurent ne s’attirait pas particulièrement la sympathie, ni même l’antipathie, mais il était d’une façon ou d’une autre protégé contre l’indifférence. Plutôt que son visage, c’était peut être son tempérament solitaire, son désir voyant de passer inaperçu, qui suscitait chez autrui une réaction. Par contre, le docteur McKay n’avait rien à envier à Laurent en matière de mémoire des noms et des visages. Ainsi, tout le monde sur Atlantis connaissait Laurent, alors que lui n’avait pas encore repéré les uns et les autres. Il avait l’habitude. Il faisait avec.

Pour ce qu’en avait vu Laurent, le SGC grouillait en permanence d’équipes SG se préparant à telle ou telle mission sur une autre planète. L’expédition du docteur Weir avait déjà beaucoup à faire dans la cité même, aussi son équivalent des équipes SG constituait il un personnel beaucoup plus réduit. La majorité des membres de l’expédition se consacraient chacun à l’étude d’une partie précise d’Atlantis, et Laurent ne faisait donc pas exception. L’antique ordinateur avait beau être peu de chose en comparaison des autres merveilles de la cité, il demeurait un témoignage d’une civilisation extraterrestre, et captivait Laurent, dont c’était après tout le premier contact avec le monde des Anciens. Le propriétaire de l’ordinateur, qu’il soit mort, élevé à l’état de pure énergie, ou maintenu en stase dans une cave quelconque, se nommait Hératépaix. C’était apparemment un entrepreneur, spécialisé dans les transports. D’après les historiens de l’expédition, on ignorait encore presque tout du modèle social au temps des Anciens, ni même sous quelle forme existait alors l’argent. Laurent était incapable de déterminer si Hératépaix avait été « riche », mais cet homme avait certainement eu de l’influence sur ses contemporains, et c’était un civil. Un mois après son arrivée sur Atlantis, Laurent finit par faire une découverte. Quel que fut le statut de la propriété privée dans la civilisation des Anciens, Hératépaix avait trouvé le moyen d’en faire pleinement usage. Laurent rédigea, selon la consigne, un rapport écrit, lequel aboutit, selon la procédure, dans l’ordinateur du docteur Weir, où il rencontra un millier de ses congénères et entama la longue traversée de la file d’attente virtuelle, selon les lois de la physique administrative. Le surlendemain, Laurent fut convoqué auprès de sa supérieure hiérarchique, dans la salle de réunion.

Cette salle avait connu de nombreux visiteurs, même en ne prenant en compte que l’histoire récente de la cité. Il y avait eu là une Ancienne élevée, un asgard, un goa’uld, et même une reine wraith. Le leader des Geniis avait occupé l’une de ces chaises. Du côté de la Terre, les siéges avaient accueilli des généraux, et des représentants officiels. Et, bien sûr, la pièce était souvent occupée par l’équipe du lieutenant-colonel John Sheppard, les héros reconnus de la cité. Tandis qu’il prenait place sur un côté de la longue table, Laurent songea à toutes les fesses illustres qui avaient précédé les siennes, et se força de retenir un bref fou rire. Il aurait cependant pu rire sans retenue, car il était momentanément seul. Trois autres personnes, qu’il ne connaissait pas, mais qui le connaissaient sans doute lui, arrivèrent juste après. Il y avait là un capitaine de l’armée américaine, d’une trentaine d’années, le crâne rasé et le regard dur. En le voyant, Laurent songea instinctivement à l’une des phrases chocs du héros de sa série préférée, sauf que là, bien sûr, c’était « capitaine » qu’il y avait écrit sur son uniforme. Un autre parmi les nouveaux venus était un homme aux cheveux prématurément blancs, au demeurant ébouriffés. Il gribouillait sur un écran tactile. Enfin, le troisième et dernier individu inspira à Laurent un pensée prophétique. Dans l’équipe SG1, si réputée, on trouve, entre autres, une femme, ainsi qu’un grand costaud. Il en va de même dans l’équipe de Sheppard, où, là aussi, la grâce côtoie la force brute. La troisième apparition de la salle de réunion constituait à cet égard une formule deux en un. C’était une jeune femme blonde, au visage charmant, et aux courbes féminines agréables, mais auxquelles s’ajoutaient bien d’autres courbes tout aussi remarquables, à raison d’une pour chaque muscle, le tout porté par une ossature de un mètre quatre-vingt dix. Le genre de demoiselle dont les câlins s’accompagnent généralement de craquements et d’ecchymoses. Tout ce beau monde se contempla en silence, jusqu’à l’arrivée d’Elisabeth Weir. Laurent apprit alors que ces personnes se nommaient respectivement Kevin Colt, Athanase Newton et Melody Richter.
-Parlez nous de votre théorie, monsieur Nolim, proposa le docteur Weir.
-Eh bien… euh… voulais-je dire… hésita Laurent avant de se lancer. Vous savez tous que la porte des étoiles possède neuf chevrons. Six symboles, autant de constellations, définissent un cube dans l’espace, contenant la porte de destination, tandis qu’un septième représente la porte de départ, le « point d’origine ». L’ajout d’un huitième symbole permet de se déplacer vers une autre galaxie. Je présume avoir découvert l’utilité du neuvième chevron. Le volume d’espace défini par les six premiers symboles est très grand. C’est même un euphémisme. Et dés lors que deux portes occupent ce volume, une seule peut être active à la fois, et l’une à tendance à prévaloir sur l’autre. Plutôt que de s’amuser à poser des explosifs prés de la porte de départ afin de dévier le vortex, on peut utiliser le neuvième chevron pour indiquer à la porte de départ laquelle des deux portes d’arrivée on souhaite contacter. Le neuvième symbole n’est autre que le point d’origine de la porte que l’on contacte.
-Mais ce symbole n’est pas sur notre porte, signala Newton.
-C’est pourquoi il doit être fourni au chevron depuis un périphérique, expliqua Laurent. En fait, je base une bonne partie de mon raisonnement sur le récit d’un voyage effectué par Hératépaix en puddle jumper. Cet appareil peut commander les portes des étoiles, et possède une interface télépathique. Il suffit donc de posséder le gène des Anciens, et de connaître le symbole, pour que le jumper transmette l’information au neuvième chevron.
-Et vous avez une liste d’adresses à neuf symboles ? voulut savoir un Newton soudain intéressé.
-A huit symboles, en fait. Les portes en question se trouvent dans la galaxie de Pégase. Puisque nous sommes déjà dans cette galaxie, nous n’avons pas besoin du huitième chevron pour les contacter. Nous avons seulement besoin des chevrons un, deux, trois, quatre, cinq, six, neuf et sept, utilisés dans cet ordre là. Par ailleurs, il semble que Hératépaix gardait jalousement le secret de l’existence de certaines portes secondaires, pour des raisons personnelles, et il fait plusieurs fois allusion à un code qu’il conservait en permanence, non pas sous son regard, mais derrière son regard.
-Et vous en avez déduit qu’il s’agissait du Navigo, apprécia le docteur Weir.
-A vrai dire, reconnut Laurent, il y avait l’équivalent Ancien d’une astérisque à côté de l’une de ces allusions, et ça disait « le Navigo » en bas de page.
-Ah, oui, effectivement, dit Elisabeth en consultant son portable d’un air vaguement déçu.
-Mais vous ne vous rappelez pas ces adresses, non ? intervint le capitaine Colt.
-Je n’avais aucun souvenir conscient issu du Navigo, répondit Laurent. Mais j’assiste aux séances de méditation organisées par Teyla Emmagan, et, dés lors que j’ai su ce que je devais chercher, des bribes de souvenirs ont commencé à faire surface. Je pense maintenant me souvenir de trois adresses.
-Et n’importe lequel de nos pilotes de jumper saurait employer ces adresses ? interrogea Colt.
-Je le supposais aussi, mais le technicien en chef de la porte des étoiles est d’un avis différent. D’après lui, les symboles sur la porte sont comparables aux lettres sur un clavier d’ordinateur. C’est une chose de savoir lire ces lettres, mais c’en est une autre de connaître la nature de l’information derrière la touche. Chaque symbole correspond en vérité à un ensemble complexe et précis de données informatiques. Pour reprendre sa métaphore, on ne peut pas dessiner le symbole sur Paint et le télécharger dans la porte. Cela demande à être vérifié, mais il se pourrait que je sois la seule personne à pouvoir composer ces adresses.

Un instant plus tard, le docteur Weir, le docteur Newton et le soldat première classe Richter se tenaient en salle de commande. Le capitaine Colt et Laurent se trouvaient, eux, à bord d’un puddle jumper, dans le hangar. La voie d’Elisabeth se fit entendre dans leurs oreillettes. « Commencez à composer l’adresse » ordonna t’elle. Laurent pris place dans le fauteuil du copilote. Devant lui, en plein milieu du tableau de bord, les constellations de Pégase attendaient d’être désignées. Il choisit six d’entre elles. Puis il prit une grande inspiration, ferma les yeux, et se concentra sur l’idée du symbole suivant. En salle de contrôle, tout le monde restait silencieux. Sheppard et son équipe assistaient à la scène.
-Pourquoi ce silence ? chuchota Ronon.
-Parce que, lui répondit McKay du coin de la bouche, les huitième et neuvième chevrons sont sous le plancher. On essaye de les entendre, faute de les voir.

Laurent n’avait jamais été aussi calme et méditatif. Il avait l’impression de léviter. D’une voix comme une brise tibétaine, il demanda « Le neuvième chevron s’est il enclenché ? ». Colt lui répondit que non, et que cela faisait déjà dix minutes que tout le monde attendait. Laurent ouvrit les yeux. « Mais tu vas t’enclencher, oui ou merde ? ». Un bruit caractéristique se fit alors entendre en salle de contrôle.
-Ce n’est pas le huitième chevron, madame, signala le technicien. Ni le septième, comme vous pouvez le voir.
-Félicitations, dit Weir dans son oreillette. Entrez maintenant notre point d’origine.

Laurent pressa la touche la plus usée du DHD, et un vortex se forma en salle de contrôle. Son travail s’arrêtait là pour le moment. La suite concernait le personnel chargé de téléguider la sonde. Celle-ci plongea dans les flots bleus de l’espace, et un instant plus tard une image apparut sur les écrans. « Ca par exemple, dit McKay avec une surprise contrefaite, mais c’est une forêt ! »
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Anubis_31
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Ven 16 Fév - 18:58

Bon et bien !!! La suite !!
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Sylvouroboros
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Sam 17 Fév - 20:43

Anubis_31 a écrit:
Bon et bien !!! La suite !!
Je vais aussi vite que je peux. Il faudra d'ailleurs que je prenne le temps de lire les fics d'autrui. Cependant j'ai peur d'être influencé. Il parait que je fais déja du plagiat accidentel. ^^

C’était prévisible. C’était évident. Pourtant, Laurent n’avait rien vu venir. Il est des perspectives tellement déplaisantes que l’on préfère détourner le regard. N’importe quel vaisseau spatial pouvait se rendre chez Hératépaix. Si l’on considérait la porte des étoiles comme la porte d’entrée du domaine, cela revenait à s’introduire par la fenêtre. L’Ancien avait donc cadenassé les accès intérieurs, les placards et les tiroirs. Le capitaine Colt, le docteur Newton et Melody Richter avaient trouvé un gros rocher, qu’ils suspectaient d’être en réalité un champ de force masquant une grotte, et il y avait fort à parier que seul le Navigo pourrait convaincre l’illusion de libérer le passage. Weir avait donc officiellement intégré Laurent à l’équipe d’exploration. Tandis qu’il s’avançait vers l’horizon des désagréments pour rejoindre son équipe, Laurent imaginait quel genre de discussion celle-ci pourrait bientôt avoir.
-Mais où est Nolim ? demanderait Richter.
-C’est le petit tas de cendres devant l’ordinateur, la renseignerait Colt.
-Mais, mais alors, il est mort !
-Il a été brûlé au vingt-huitième degré, expliquerait Newton.
-Pas de panique, dirait Colt, nous allons trouver un moyen de le ramener à la vie.
-Vous avez un sarcophage pour ressusciter les tas de cendres ? s’étonnerait Newton.
-Mais non, mais…
-C’est foutu pour lui, il n’était par sur le chemin de l’ascension.
-Allez, vous me faites marcher, hein ?
-Non.
-C’est une grosse blague très nulle et vous allez m’annoncer la chute ?
-Mais non.
-Mais, on peut pas mourir comme ça ?
-Ben si.

Laurent émergea de l’autre côté de la porte. La forêt semblait paisible. Deux minuscules soleils étaient à leur zénith. L’aventurier malgré lui tourna à droite et alla tout droit, jusqu’à rencontrer une paroi rocheuse. Il aperçut alors ses trois compagnons, et marcha à leur rencontre. Il lui suffit effectivement de toucher le rocher suspect pour que celui-ci s’évanouisse dans l’air ambiant. Derrière, un tunnel naturel s’enfonçait dans les ténèbres, mais des lampes s’allumèrent au plafond au fur et à mesure de leur progression. Celle-ci sembla s’éterniser.
-Dites moi, s’exprima Colt tandis qu’ils déambulaient, comment avez vous fait pour apprendre aussi vite la langue des Anciens ?
-C’est grâce au docteur Jackson, répondit Laurent. Cet homme n’est pas qu’un linguiste accompli. Il a aussi un talent incontestable pour l’enseignement.
-Il vous a donné des cours ?
-Non, mais il a écrit un certain nombre de livres depuis qu’il travaille au SGC, parmi lesquels « L’Ancien pour les nuls ». Il y a de belles illustrations, et c’est étonnamment intuitif.
-Vous savez, Colt, intervint Newton, j’aurais pu vous répondre la même chose si vous m’aviez demandé. Les ouvrages récents de Jackson ne sont bien entendu pas disponibles en librairie, mais ils ont été publiés en plusieurs exemplaires à l’intention du personnel érudit du programme porte des étoiles.
-Et pour le personnel « non érudit » ? demanda Colt avec contrariété.
-Il y a la bibliographie à usage militaire du général O’Neill.
-C'est-à-dire…
-Rien. Mais vous pouvez toujours lire les romans du barbier. C’est un peu ce qu’O’Neill aurait écrit, dans ses rapports de mission, s’il avait décidé d’y mettre du style et des réflexions personnelles.
-En parlant de réflexions personnelles, dit Richter. Notre nouvelle recrue doit être contente de participer à l’exploration d’un nouveau monde, non ?
-Ben… hésita Laurent.
-Techniquement, corrigea Newton, cette planète a déjà été explorée il y a un an. Il nous faudra attendre la nuit pour déterminer à quelle distance nous sommes de la porte des étoiles principale.

L’exploration de planètes à travers la porte des étoiles, telle que pratiquée par le SGC et l’expédition du docteur Weir, était un faux paradoxe. A première vue, se matérialiser en un point sur une planète, se promener un peu aux alentours, et repartir en déclarant « voila, c’est fait, planète explorée », tout cela était assez ridicule. Samantha Carter en avait pris pleinement conscience lors de la découverte de la porte des étoiles bêta en Antarctique. Ignorant qu’il s’agissait de la Terre, elle avait déclaré « tout ce monde est gelé », et elle remerciait O’Neill de s’être abstenu de mentionner cette perle dans son rapport de mission. Evidemment, Abydos n’était pas une planète désertique. Evidemment, la plupart des planètes explorées n’étaient pas des répliques de la lune forestière d’Endor. Evidemment, une porte sous-marine ne signifiait pas un monde entièrement recouvert par les eaux. Malgré tout, cette démarche n’était pas si puérile que cela. En effet, à la vue d’une unique pyramide goa’uld prés de la porte des étoiles, on pourrait également juger stupide de dire « voila le seul bâtiment sur toute la planète ». Sauf que, en l’occurrence, il s’agissait vraiment du seul bâtiment sur toute la planète. L’explication de ce phénomène était d’ordre écologique. Les Anciens, les goa’ulds, les asgards, et autres extraterrestres susceptibles de construire, ou de déplacer, des portes des étoiles, avaient eux aussi connu des problèmes de réchauffement global et de pollution à échelle planétaire. Atlantis se permettait d’être une gigapole uniquement parce que tout le reste de sa planète était préservé à l’état sauvage. Si l’on explorait vraiment chaque planète possédant une porte des étoiles, on trouverait quantité de déserts, de forêts, de montagnes, de mers, de volcans, de marais salants, ect… mais, en matière d’artefacts, tout ce qu’il y avait à voir était en général à moins de cent kilomètres de la porte. Seuls les Réplicateurs agissaient différemment, prenant intégralement la place de l’écosystème local.

Laurent déboucha finalement dans une pièce de design Ancien. Il s’y trouvait un ordinateur, protégé par un champ de force violet. Un champ de force était normalement invisible, et, en leur temps, certains Anciens appréciaient la pureté de la chose, tandis que d’autres tenaient absolument à ajouter une coloration. Le débat était à peu de choses prés le même que celui concernant, sur Terre, les grandes portes vitrées. Pour tout dire, il ne fallait pas s’étonner de l’absence de mouettes, ou d’une forme de vie comparable, dans le ciel d’Atlantis.
-C’est encore à vous, dit Colt. Touchez ce bouclier d’énergie.
-C’est à moi que vous parlez ? demanda Laurent.
-Non, c’est à Michael Bay.
-Mais, ça pourrait être dangereux. C’est un puissant champ électromagnétique, après tout. Généralement, ça équivaut à un mur, mais certains vieux modèles laissent échapper une décharge.
-J’ai amené un bâton, déclara Newton.

Sur ces mots, le physicien lança le bâton sur le champ de force. Le morceau de bois rebondit sur le dôme violet et roula par terre. Il roula cependant moins longtemps qu’il n’aurait du.
-Moi qui avais peur de finir rôti, dit Laurent.
-Vous auriez fini en bûche glacée, compléta Newton.
-Ah ben merde, commenta Colt.
-C’est intéressant, reprit Newton en se grattant le menton. Il se pourrait que cette technologie soit apparentée à celle des boucliers Oris. C’est un champ qui absorbe l’énergie. Autant dire qu’il s’autoalimente. D’ailleurs, il y a une bouche d’évacuation sur le sol, et ce que je crois maintenant être un ruisseau d’air liquide.
-Pas étonnant qu’il fasse aussi froid, conclut Richter.
-Surtout qu’en on se promène en short et tee-shirt, rétorqua Colt en lançant un regard noir à sa subordonnée. C’est pas très réglementaire, ça, soldat.
-Ils sont couleur camouflage, se défendit elle. Et il parait que je les porte d’une façon tout à fait pudique.

Les trois hommes observèrent la catcheuse et échangèrent des regards.
-Oui, tout à fait chaste, en effet, dit Newton. Aucun souci à avoir de ce côté-là. Pour revenir à la question du champ de force, il doit y avoir un interrupteur quelque part dans la pièce.
-Il y a un grand écran mural, ici, signala Laurent. Je devrais peut être essayer de ce côté-là.

Laurent toucha le tableau noir, qui afficha alors un texte en Ancien.
-Il est écrit « Toi qui possèdes le Navigo, prouve ta raison. Il te faudra triompher de trois énigmes pour accéder à mon bien », lut Laurent.
-Il y avait longtemps, dit Colt. J’aurais préféré « il te faudra triompher de trois ennemis ». Là, on va encore poireauter pendant une heure sans rien faire.
-Et surtout pas penser, chuchota Newton.
-Pardon ?
-C’est moins de coups à panser, répéta Newton. Moins de blessures à soigner.
-Bon, voyons la première énigme, se dépêcha de dire Laurent.

L’énigme s’afficha avant que Laurent n’ait à nouveau touché l’écran.
-Apparemment, ça réagit comme le jumper, dit Laurent. Il est maintenant écrit « Pourquoi les choses sont elles toujours au dernier endroit où on les cherche ? »
-Question de malchance, dit Colt.
-C’est surtout que, une fois qu’on a trouvé un objet, on continue rarement à le chercher.

L’énigme fut remplacée par une autre.
-« Peux tu toucher ton front en tirant la langue ? », lut encore Laurent.
-Evidemment que non ! s’exclama Colt.
-Bien sûr que si, dit Laurent avant de tirer la langue tout en touchant son front avec son index.

La dernière énigme s’afficha.
-« Trois oiseaux se tiennent sur une branche. On tire sur l’un d’eux. Combien reste t’il d’oiseaux sur la branche ? »
-Je suppose que la réponse n’est pas deux, soupira Colt.
-Ce serait plutôt zéro, confirma Laurent. Les deux autres se sont enfuis.

L’écran mural s’éteignit, et le champ de force disparut.
-On est loin de « Si l’enfant savait que la chandelle est flamme, alors plus jamais il n’aurait peur du froid », commenta Newton. Voyons ce que cet ordinateur a à raconter.

Newton et Nolim firent un premier tour des fichiers contenus dans l’ordinateur. Au bout d’une demi-heure, Laurent reprit la parole.
-A présent, nous connaissons l’utilité du neuvième chevron, dit il.
-C’était déjà le cas depuis ce matin, non ? s’étonna Colt.
-Je le croyais, mais il semble que toute ma théorie d’alors ne soit en réalité qu’un bricolage de Hératépaix. Le Navigo contient une sorte de programme de piratage, qui pousse la porte à effectuer une opération non conforme. Le Navigo se sert du neuvième chevron, mais c’est un détournement du système.
-Bon, alors, il sert à quoi, ce neuvième chevron ?
-Ben, en tant que tel, à rien. La porte ne doit normalement utiliser que sept ou huit chevrons. Si la porte a neuf chevrons, c’est pour la même raison que les voitures ont cinq roues.
-Quoi, vous voulez dire que si la porte a un chevron crevé, ont peut se servir du neuvième pour aller chercher le garagiste ?
-Exactement. C’est un « chevron de secours », en cas de panne. Mais Hératépaix s’en est servi pour établir un réseau parallèle.
-Ceci explique peut être pourquoi certaines portes orbitales n’ont que huit chevrons, dit Newton. Les techniciens ont du se dire que, avec un jumper, c’était moins grave. Ca, ou c’était de gros incompétents qui ne savent pas lire un schéma.
-Mais que cherchait il à cacher, cet Hératépaix ? voulut savoir Colt.
-Apparemment, c’était un scientifique à la pointe du progrès. Le fin du fin en la matière. La partie friable juste au dessus du précipice, quoi. Ses expériences se concluaient souvent par un gros cratère.
-Un gars dans votre genre, donc.
-Il travaillait même sur un générateur de tumeurs explosives, s’amusa Laurent.
-Mieux vaudrait éviter de mentionner ça dans le rapport, dit Colt d’un ton de reproche. Je ne veux pas que Weir nous prenne pour une équipe de rigolos.
-D’accord, c’est vous le patron, dit Laurent en penchant la tête de côté.
-Cet Ancien, poursuivit Newton, a donc choisi de mener ses recherches en privé, et pour le compte de personnes prêtes à se passer des labels de sécurité. Durant la guerre contre les wraiths, de nombreux militaires ont fait appel à lui. C’était ici sa salle de négociations. Les autres lieux répertoriés dans le Navigo correspondraient à divers laboratoires de recherche.
-Et autant d’armes, donc ? comprit Colt d’un œil soudain pétillant.
-En grande partie, oui.
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Sam 3 Mar - 4:46

Cette Fic est sublime. Il y a humour, science, théorie, etc. J'ai rien d'autre à dire que ce mot: Super.
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eilish33
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Sam 3 Mar - 18:29

Pas mal comme fic. J'aime bien: c'est bien écrit^^
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Sylvouroboros
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Dim 4 Mar - 16:38

Sands a écrit:
Cette Fic est sublime. Il y a humour, science, théorie, etc. J'ai rien d'autre à dire que ce mot: Super.
merci
Dommage que je manque de temps pour la continuer. Mais je vais quand même essayer.


Weir était assise à son bureau, l’air préoccupé. De nombreuses personnes, lorsqu’elles s’accordent un répit dans leur travail, tachent d’oublier complètement le travail en question. Mais Elisabeth, elle, ne faisait que délaisser la question du « comment » au profit de celle du « pourquoi ». Elle s’interrogeait sur le sens de sa présence dans la cité, le rôle qu’elle y jouait, et s’il était possible d’extrapoler ses conclusions aux autres membres de l’expédition. Dans sa petite enfance, Elisabeth croyait que le travail était une nécessité, parce qu’il fallait bien gagner sa vie. Ce qui était vrai, bien sûr, mais la petite Elisabeth pensait que le travail n’était que cela, et rien de plus. Ce qui était vraiment intéressant, c’était de jouer, tandis que le travail devait être rangé dans la même catégorie que les médicaments et les épinards de la cantine, à savoir celle des trucs dégoûtants mais obligatoires. Mais Elisabeth était devenue une grande fille, puis une femme, et elle avait fini par comprendre que certaines personnes aimaient leur travail. Des personnes au nombre desquelles Elisabeth comptait. La diplomatie, l’entente entre les peuples, elle avait cela dans le sang. Ce n’était pas une destinée, ni même un kharma. Elle savait qu’il y avait une vie en dehors de cela, même pour elle. C’était plutôt une drogue, de celles dont on dit « j’arrête quand je veux ». Si elle se trouvait toujours dans ce type de situation, point focal d’intérêts incompatibles, c’était parce qu’elle aimait ça, ou plus exactement qu’elle ressentait un manque dans le cas contraire. Dés lors qu’elle avait résolu un différent, il lui fallait en trouver un autre, ailleurs. Il devait en être de même de la psychologue sous son autorité, laquelle trouvait sans doute le monde terne et sans saveur dés lors qu’elle ne cherchait pas à le contempler depuis un recoin de la boite crânienne d’une autre personne. Pour les individus mâles, c’était encore pire. Une petite fille devient une grande fille puis une femme, mais un petit garçon devient un grand garçon puis un grand garçon avec de la barbe. John et Ronon jouaient à la guerre, avec leurs gros joujoux qui font du bruit. Rodnay et Radek avaient trouvé la plus grande boite mécano de l’univers. Elisabeth se surprenait parfois à imaginer un Carson boutonneux émerveillé à l’idée de disséquer une grenouille. Le rôle de Weir n’était pas de pousser ses subordonnés au travail, mais de les dissuader d’en faire trop. Il y avait définitivement trop d’enthousiasme de la part des uns et des autres.

Et voici que se présentait à l’horizon la promesse d’un important stock d’armes. Bien sûr, c’était l’une des choses qu’ils étaient tous supposés rechercher pour la Terre. Bien sûr, ils en avaient d’autant plus besoin maintenant qu’ils avaient involontairement donné un coup de pied dans le cercueil de Dracula. Mais Weir n’aimait pas la façon dont était rédigé le rapport de Colt. Elle aimait encore moins les intonations de la voix de Colt lorsqu’il parlait de ces armes hypothétiques. Ce que voulait Colt, visiblement, ce n’était pas un moyen efficace d’éliminer la menace Wraith. Ce que voulait Colt, en réalité, c’était un gros canon qui fait bzzzz, zap, waaaooom, tchou et transforme les Wraiths en feu d’artifice aux milles couleurs rigolotes. Mais ce n’était qu’une impression, insuffisante pour lui refuser la mission qu’il attendait. Il fallait bien entendu se mettre en quête du matériel en question, et cette tâche revenait à ceux qui l’avait révélée. Pour ne rien arranger, tout ceci semblait être le leg d’un scientifique Ancien lui-même parti en roue libre, et ladite roue était carrée.

« Votre équipe partira cet après-midi vers la prochaine adresse du Navigo, et votre priorité sera de localiser un potentiel moyen de défense pour l’expédition. Vous pouvez disposer, capitaine ». Elle l’avait dit. C’était comme prononcer le mot « singe » au Tambour-Rafistolé. Sitôt la dernière syllabe évanouie, on retenait son souffle, dans l’expectative du moment où des ennuis cuisants viendraient vous tapoter l’épaule d’une main velue. Depuis qu’elle avait vu Colt s’éloigner de son bureau, il semblait à Weir que, dans le tic-tac de chaque montre, dans le moindre tapotement inconscient de stylo-bille sur un bureau, dans le moindre rythme chantonné du bout des lèvres, le monde entier s’était mis en égrener un compte à rebours.

#

C’était un « black smoker » océanique. Ecrasée par des millions de mètres cube d’eau salée, égarée dans un vaste désert glacial et obscur, c’était l’une de ces oasis de chaleur où une vie improbable se cramponnait de toutes ses maigres forces. Une vie dont la nature profonde s’apparentait à une lettre d’imprimerie se tamponnant en chaîne d’un support à un autre. Ainsi résumée à un agrégat de monocellulaires, de mollusques, d’arthropodes, et d’une espèce animale se prenant pour une plante, tout cela à distances respectueuses de la chaleur infernale du fumeur et du froid dévorant des plaines aux alentours, une telle vie ne pouvait décemment prétendre que l’univers entier eût existé pour elle, ou qu’une main toute puissante l’eût placée là à dessein. A bien y réfléchir, c’était vrai pour toute vie, mais il fallait souvent effectuer un zoom inversé depuis une position orbitale pour s’en apercevoir. Ici, l’écosystème aquatique et miniature offrait un tableau plus éloquent au regard humain. Sauf qu’il n’y avait aucun regard humain. Pour le moment. Depuis des milliers d’années, une colonie de petits arthropodes subsistait dans ce qu’il convenait d’appeler, à ces échelles lilliputiennes, une vallée. Celle-ci était délimitée par un anneau métallique couché à proximité du fumeur noir. Cette colonie était une espèce unique dans l’univers, et la lumière lui était complètement inconnue, quoi que la lumière soit. Et la lumière fut. Les résidents du microcosme la sentirent sur leur corps, faute d’avoir des yeux adaptés. C’était une lumière bleue, qui courut tout autour de la vallée dans un spectacle de formes et un concert de sons. Puis la lumière devint comme une autre sorte d’eau et engloutit la vallée. Elle s’éleva vers la surface et retomba dans le cercle. La colonie n’était plus, et ne serait plus jamais.

Insouciant de ce drame, un léviathan de métal naquit de la lumière, bondissant vers le haut, parut retomber, mais continua sa course à l’horizontale. Les entrailles du géant donnèrent alors naissance au Verbe, et le Verbe fut :
-Fucking son of the bitch.
-Pourquoi dites-vous cela, capitaine? demanda Laurent.
-Il y a une de ces chiées de pression autour de nous. Heureusement que les bricoleurs ont mis leur nez dans le bouclier du jumper.
-Les « bricoleurs » sont effectivement doués, releva Newton.
-D’après la sonde, la construction devrait être à moins de trois kilomètres à notre gauche.

Une carte radar des fonds marins apparut sous la forme d’un hologramme. Elle mettait nettement l’accent sur un bâtiment planté à proximité d’une dorsale océanique.
-Jolie pyramide, commenta Newton.
-Un tétraèdre, corrigea Laurent. D’après Bernard Werber, un auteur français, il ne faut pas les confondre.
-Monsieur Nolim ? dit Newton en lui lançant un regard las.
-Oui ?
-Un tétraèdre est une pyramide. Ce serait comme dire qu’un carré n’est pas un rectangle.
-Vous êtes sûr ?
-Certain.
-Remarquez, reconnut Laurent, c’est le même auteur qui croit qu’on peut diviser par zéro.
-M’a pas l’air bien malin, ce gugusse, commenta Richter.
-En attendant, signala Colt, la bâtisse est maintenant juste devant nous.

C’était effectivement un tétraèdre. Entendez par là une pyramide dont la base était un triangle équilatéral identique aux trois autres faces du solide. Son volume était plus ou moins celui du coffre de l’oncle Picsou, et l’entrée d’un hangar à puddle jumpers s’illumina de lui-même à l’approche de nos héros. Colt gara le véhicule, et commanda la fermeture des portes du hangar, ainsi que l’évacuation de l’eau au profit d’un air respirable. Le quatuor sortit alors du jumper et commença l’exploration de la base sous-marine.
-C’est étonnant comme la technologie des Anciens semble invulnérable au temps, dit Laurent. Ils construisaient pour durer. Dans Wormhole Xtreme, c’était supposé être consécutif à une campagne d’éradication des services après-vente.
-Mais nous ne sommes pas dans WX, critiqua Colt.
-Oh, la réalité rejoint parfois la fiction.
-Cessez donc de dire des bêtises, voulez vous ?
-D’après mon appareil, expliqua Newton, il y a une activité informatique intense à quatre couloirs d’ici.
-Vraiment pratique, ces petits tricordeurs, commenta Laurent.
-Qu’est ce que je viens de dire ? s’énerva Colt.
-Pardon, s’excusa Laurent.

Quatre couloirs tous identiques les menèrent à une vaste salle aux murs bardés d’ordinateurs. Il n’y avait toutefois qu’un seul écran, comme dans la plupart des salles de commande de modèle Ancien. Sur celui-ci, on voyait la traditionnelle pluie de symboles, un peu comme la Matrice, mais en bleue et carrée.
-Doit on s’attendre à d’autres énigmes ? s’enquit Richter.
-Je l’ignore, dit Laurent. Il m’étonnerait cependant que les épreuves précédentes n’aient pas d’une façon ou d’une autre maturé le Navigo.
-A défaut de maturer son porteur, marmonna Colt à la limite de l’audible.

Newton et Nolim commencèrent à bidouiller les machines. Comme d’habitude, il leur fallut brancher leurs propres ordinateurs portables sur la technologie extraterrestre. Ce qui causait toujours des ennuis à Laurent. Il possédait désormais une relation particulière et privilégiée avec les ordinateurs Anciens, mais les ordinateurs terriens, eux, ne l’avaient jamais aimé. Avec lui, les programmes se débrouillaient toujours pour effectuer des opérations non conformes, pour accéder à des mémoires qui ne pouvaient « pas être read », et prenaient un plaisir vicieux à l’informer qu’ils allaient maintenant s’éteindre. N’importe quel ordinateur passant trente huit secondes entre les mains de Laurent se trouvait inexplicablement imprégné d’une aura de mauvaise volonté. C’est ainsi qu’il n’avait jamais pu jouer décemment à Half-life, toute tentative pour abaisser le niveau de graphisme se soldant par l’extinction pure et simple du jeu. Laurent avait pris l’habitude d’ignorer le « pump » retentissant chaque fois qu’il éteignait son portable. Son ami JBC, lequel était un artiste de l’informatique depuis le collège, affirmait n’avoir jamais vu ça.
-Qu’est ce que ça dit de votre côté ? demanda Newton.
-Bah, ça charge, avoua Laurent.
-Quoi ? Encore ?
-Ben… oui.
-Avez-vous songé à demander l’opinion de Zelenka ?
-D’après lui, je constitue un sujet d’étude sur les improbabilités statistiques.
-Ce n’est guère rassurant. Surtout que la dernière personne à qui il a dit ça était Ford.

Finalement, le portable de Laurent consentit à fournir un résultat.
-Intéressant, dit Laurent en le lisant. Avez-vous entendu parler du manteau d’Arthur ? Oui, évidemment. Eh bien, il semblerait que Hératépaix ait travaillé ici à un projet similaire. Un occulteur rendant non seulement invisible, mais aussi impalpable. C’était bien avant tout autre technologie de cet acabit.
-Cela expliquerait les données disponibles de mon côté, approuva Newton. La base est dotée d’un champ de force spécialement conçu pour contenir le flux de déphasage en cas de résultat excessif.
-Précaution ingénieuse mais inutile. En matière de résultat, Hératépaix n’a jamais obtenu que de l’insuffisant.
-En ce cas, nous pourrions utiliser notre connaissance du manteau d’Arthur pour compléter ses travaux.
-Hum, réfléchit Colt. Un jumper fantomatique serait un atout indéniable contre un vaisseau ruche. Nous n’aurions plus à nous soucier des contre-mesures envers la téléportation asgard, et pourrions lâcher toutes les têtes nucléaires que nous voulons directement dans les appartements royaux.
-Je me mets immédiatement au travail, conclut Newton.
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Lun 26 Mar - 1:17

On dit que tout ce que l’homme peut imaginer existe quelque part. Là bas, très loin, par delà les étoiles, les réalités alternatives et les limites de notre entendement, toutes les histoires deviennent réalité. Du moins, c’est ce que nous nous plaisons à croire. Nous aimons croire que nos héros sont plus que des ombres sur une pellicule. Nous le souhaitons, peut être pour la même raison qui nous pousse à reconnaître une matérialité à la pensée, cette matérialité que nous nommons « âme ». L’alternative serait de s’interroger sur la nature d’un mot, d’une lettre, lorsque la forme compte autant que le fond. Mais cette alternative n’a pas bonne presse, et l’auteur tient à garder son public. Engageons nous donc résolument dans la première hypothèse. Admettons que l’univers de Jack O’Neill soit une réalité, entretenant quelque lien mystérieux avec ses créateurs dans notre monde, et invoquons une fois encore le jargon pseudoscientifique dont Terry Pratchett aime couvrir les pages de ses livres. Plus tordue que la relativité, plus floue que la physique quantique, j’ai l’honneur de vous présenter la « physique narrative ».
Tout comme en physique classique, l’élément le plus intriguant en physique narrative est le facteur temps. Celui-ci obéit au principe de causalité, mais aussi, et ça c’est nouveau, à celui de rétrocausalité. Les experts désignent ces postulats sous les noms de séquelle et préquelle, respectivement. Effectivement, lorsqu’un univers virtuel émerge des limbes connus sous le nom de « brainstorming primordial », son instant zéro correspond à la première page du premier script, et il contient déjà un certain nombre de décors et de personnages. Leur futur, mais aussi leur passé, vont être écrits à partir de là. Par exemple, considérons le capitaine Colt. Où a-t-il grandi ? Quels sont ses antécédents militaires ? Avec quelles personnes entretient t’il des liens de longue date ? Bon sang, mais je n’en ai pas la moindre idée ! Cependant, dés lors qu’une singularité spatiotemporelle appelée « flash-back » se sera produite, ses conséquences auront par définition toujours existé. Mais elles n’auront toujours existé que depuis le paragraphe concerné, si vous saisissez la relativité intrinsèque au phénomène. D’aucuns prétendent que ce paradoxe n’affecte que les écrivains du dimanche trop peu imaginatifs pour pondre autre chose que des fanfictions. Cela se trompent, car même les professionnels sont concernés. Les scénaristes de la série Stargate-SG1 ont ils la moindre idée de ce à quoi ressemble un Furling ? Oh, sans doute que oui, et même deux idées, voire quatre ou cinq. Idem pour le neuvième chevron. Si l’univers SG existe vraiment quelque part, alors l’utilisation à venir de ce chevron et son origine première doivent se trouver dans ce que les physiciens appellent un état d’incertitude.
Mais pourquoi cette digression, vous demandez vous peut être ? Pourquoi faire patienter ainsi les protagonistes dans les profondeurs océaniques, alors que la suite des événements se fait déjà attendre depuis des semaines ? La réponse est synonyme de SPOILER, aussi certains lecteurs préféreront ils peut être sauter directement au paragraphe suivant. Vous êtes prévenus. Aujourd’hui, le site stargate-fusion a confirmé qu’une troisième série était prévue. Son titre, que l’on aimerait provisoire, serait « Stargate Universe », et son concept tournerait autour de l’utilisation du neuvième chevron ! Vis-à-vis de cette fanfiction, nous voyons là se profiler un schisme dans le « canon », c'est-à-dire dans l’équivalent en physique narrative du continuum espace-temps. Devinez quoi ? Cette anomalie fait maintenant officiellement partie de l’univers de Laurent Nolim. Oui, parfaitement, elle vient juste de se former quelque part entre la galaxie de la Voie Lactée et celle de Pégase, perceptible seulement des Anciens et des Oris, lesquels la nomment « anomalie N ». Et sa présence affecte déjà le cours des événements, puisque, dorénavant, n’importe quoi peut arriver. Vous souvenez vous du dernier épisode de la saison 8 de SG1 ? Vous souvenez vous de l’épisode final de Star Trek The Next Generation ? Eh bien, là, c’est pareil, mais à plus long terme. Et, oui, c’est démoniaque.

Athanase Newton et Laurent Nolim poursuivirent leurs investigations. Ils découvrirent, entre autres choses, que la base recélait effectivement divers processus d’entraves à l’intention des opportuns. Le fait qu’ils ne se soient pas activés indiquait que, non seulement Laurent possédait il le Navigo, mais son séjour dans la base précédente avait du y ajouter une mise à jour. En d’autres termes, Laurent avait validé son passe. Une fois les lieux pour ainsi dire appropriés, Newton entreprit des modifications dans le système occulteur conçu par Hératépaix, tandis que Colt faisait son compte-rendu à Weir par radio. Les modifications prirent moins de temps que prévu, car Hératépaix était très prés de la solution. L’équipe ne passa en effet qu’une nuit dans la base, pour autant que le concept de nuit s’applique au fond de l’océan, avant que Newton songe à un premier test.
-Ce n’est pas que je me plaise tant que ça ici, se justifia Laurent, mais vous êtes certain que ce n’est pas un peu tôt ?
-Allons, le rassura Newton, c’est juste un bouton à presser. Vous allez voir.
-C’est justement ce qui m’inquiète.
-Depuis que la construction du Large Hadron Collider a été commencée, certains prédisent que, lors de sa mise en service en Novembre 2007, des trous noirs miniatures se formeront à l’intérieur et la Terre entière sera absorbée par la Suisse. La science est affaire de théorie, mais aussi d’expérimentation, et la peur est en cela l’ennemie du scientifique.
-Je comprends votre point de vue, mais j’ai tout de même des doutes.
-Pressez donc cette saloperie de bouton, Newton, jura Colt. Moi, non seulement je ne me plais pas ici, mais je ne m’y plais vraiment pas.
-C’est donc parti pour le premier test, dit Newton en se frottant les mains. Je vais tenter de faire disparaître ce chapeau, sur le socle que vous voyez là. Hum, c’est peut être le moment de prononcer des paroles historiques.
-« Adieu, monde cruel » ? proposa Laurent.
-« C’est un petit bouton pour l’homme, mais un furoncle pour l’humanité » ? renchérit Richter.
-« Hasta la vista, baby » ? dit Colt pour ne pas rester hors du coup.
-On peut dire que j’ai des collaborateurs constructifs, soupira Newton.

Et il pressa le bouton. Il y eu alors un flash lumineux, qui parut emplir toute la pièce, ce dernier détail étant bien évidemment mauvais signe, mais peut être moins que la sensation de vertige qu’ils ressentirent tous juste après. Lorsque les taches colorées imputables à l’éblouissement cessèrent de danser devant leurs yeux, et que la sensation de vertige fut également révolue, ils durent se rendre à l’évidence. Rien n’avait changé dans la pièce, excepté qu’ils flottaient maintenant tous à quelques centimètres du sol.
-Newton ? dit Colt sur le ton de la conversation.
-Le chapeau est toujours là, constata Newton, mais il y a bien eu un flux de déphasage. J’en déduis que nous sommes tous hors phase.
-Je peux toucher les murs, signala Richter.
-L’ensemble de la base doit être hors phase, précisa Newton.
-Et pour la gravité ? demanda Colt du même ton trop calme.
-J’ai deux hypothèses, dit Newton. Ou bien la dimension choisie par Hératépaix est hermétique au champ gravitationnel de cette planète, auquel cas nous sommes véritablement en situation de non pesanteur, ou bien…
-Ou bien ?
-Ou bien nous sommes toujours soumis au champ gravitationnel de cette planète, mais nous avons perdu toute interaction avec la matière non déphasée.
-C’est le principe, non ?
-Oui, mais je réalise maintenant que Merlin a du bidouiller un peu ce concept. Si on y songe, certaines interactions sont conservées lors de l’utilisation du manteau d’Arthur. Les personnes déphasées peuvent toujours respirer, et elles n’explosent pas sous l’effet d’une dépressurisation, donc il y a toujours une certaine interaction avec l’atmosphère ambiante, sauf à penser qu’une atmosphère respirable existe en permanence dans la dimension concernée. Et puis, ben, ils peuvent toujours utiliser les escaliers.
-Et alors ?
-S’ils passent à travers les murs, ils ne devraient pas non plus pouvoir prendre appui sur le plancher. Merlin a du prendre des dispositions pour qu’il demeure possible de se déplacer en marchant. Des dispositions que Hératépaix, euh, et moi-même, avons oubliées.
-Et donc ?
-Il est possible que cette base soit passée à travers le sol, et tombe en ce moment même vers le centre de la planète.

Oui, c'est court, mais je ferai mieux demain.
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Mar 27 Mar - 1:39

De nombreux édifices d’origine extraterrestre illustrent un genre architectural à part entière, celui des couloirs crénelés. Les corridors semblent se résumer à une succession d’arches, soient autant de renfoncements bilatéraux. L’utilité la plus couramment découverte à la chose réside dans les situations d’invasion. Nul besoin, en effet, de caisses négligemment abandonnées sur le chemin, ou autre abris opportun. La topologie des lieux elle-même offre toute la couverture espérée par les combattants. Le seul inconvénient du système est qu’il fonctionne dans les deux sens, tant pour les attaqués que pour les attaquants. Un effet secondaire de cette architecture est que, après le combat de cotons tiges, le second sport interplanétaire du peuple jaffa est le cache-cache.
Mais alors qu’il déambulait dans les couloirs de la base sous-marine, Laurent découvrait une nouvelle utilité aux fines arches successives. En situation d’apesanteur, on pouvait s’en servir d’échelle. C’était heureux, car, contrairement à ce que certains auteurs de dessins animés semblent croire, il n’est pas possible de nager dans l’air. Laurent se dirigeait vers la plus proche fenêtre. Oui, que l’environnement extérieur soit le vide spatial ou les profondeurs pesantes de l’océan, il y a toujours une fenêtre vitrée, et pas du modèle hublot. Tandis qu’il s’approchait de son but, Laurent continuait d’entendre la tempête verbale faire rage derrière lui. Colt avait laissé tomber son masque de calme consterné, et un flot continu de véhémence enragée s’échappait à présent de ses lèvres déformées par la colère. Périodiquement, la voix de Newton se superposait, comme un claquement de tonnerre par-dessus le vacarme des vents. Laurent avait mis plusieurs couloirs et virages entre lui et la salle où Colt et Newton s’insultaient mutuellement, mais le niveau sonore était quant à lui allé crescendo, de sorte que pour Laurent il était resté le même. Sans aucune des sommations préalables que la convention de Genève aurait sûrement du exigées, trois syllabes retentirent dans le vacarme, auquel elles donnèrent des allures de silence de cathédrale. Les murs tremblèrent, et Laurent jura plus tard avoir vu une arche onduler. C’était a priori un son inhumain, mais il fallait pourtant reconnaître que Melody Richter venait de crier « SILENCEUH » de tout son coffre. Du moins, Laurent espéra qu’il s’agissait de son maximum, car l’alternative la classerait parmi les armes de destruction massive. S’ensuivit un silence presque palpable. Ce fut Laurent qui le rompit en allumant sa radio.
-J’ai atteint la fenêtre, dit il.
-…, lui répondit un silence embarrassé.
-Et que voyez vous ? demanda finalement Richter après avoir constaté l’efficacité excessive que son intervention avait eu sur son supérieur hiérarchique.
-Rien, répondit Laurent.
-Mais encore ?
-Du noir. Des ténèbres insondables.

Laurent entendit Richter demander à Newton d’éclairer les projecteurs extérieurs de la base. Une demande polie, mais qui en la circonstance sonnait comme un ordre. Laurent vit alors les parois extérieures de la base apparaître, au milieu de…
-Toujours rien, dit il. Je vois les murs, mais, là où je m’attendrais à trouver le plancher océanique, il n’y a qu’une tache d’encre omniprésente. Si nous étions en sous-sol, ne devrais-je pas voir de la roche partout ? Une vue en coupe, des couches géologiques, un truc dans ce genre ?
-Non, dit Newton en retrouvant le courage d’utiliser sa langue, car, le fait est que les personnes hors phase peuvent voir les éléments en phase, mais la réciproque est fausse. La théorie du colonel Carter est que la lumière en phase peut éclairer la matière hors phase, mais que la lumière hors phase passe elle aussi à travers les murs. Si de la lumière nous venait de l’extérieur, ce qui n’est bien sûr pas le cas à ces profondeurs, nous pourrions voir ce qui nous entoure, mais nos lampes sont hors phase et leur lumière n’a aucune prise.
-Attendez, dit Laurent qui avez essayé de suivre. Voulez vous dire à ces profondeurs souterraines ou à ces profondeurs sous-marines ?
-Dans un cas comme dans l’autre. Elles sont tout aussi sombres les unes que les autres.
-Donc, ma petite ballade confirme que nous sommes hors phase, mais on est toujours dans l’incertitude par rapport à l’apesanteur ?
-Ma foi, oui.
-Y a-t-il un moyen d’obtenir une indication ? demanda Richter.
-Eh bien… hésita Newton. Nous le saurons lorsqueuh…
-Lorsque ?
-Lorsque nous atteindrons la roche en fusion. Du moins, je peux calculer le temps théorique avant cette rencontre. Si rien ne change à ce moment là, c’est que nous ne tombons pas, mais sommes juste hors de portée de la gravité.
-Et en quoi consisterait le changement ? voulut savoir un Laurent plutôt inquiet. Parce que l’idée d’un bain de magma ne me semble pas très aguichante.
-Nos savons qu’un tir de lance jaffa n’a aucun effet sur une personne hors phase, dit Newton d’un ton qui se voulait rassurant. Il faut en déduire que l’énergie pouvant passer de phase à hors phase obéit à un quantum. En d’autres termes, elle est limitée. On peut raisonnablement penser que Hératépaix a choisi une dimension dont les quantas de transfert sont propices à la vie humaine. Cela devrait donc nous sembler un doux bain de vapeur.
-En êtes vous sûr ?
-Oui, oui, certain. C’est évident. Sans aucun doute possible. Y a pas à s’inquiéter, non. Vous en faites pas. Est-ce que j’ai l’air de m’inquiéter, moi ? Non ? Alors. Allez. Voila. Oui. Impect. Zen. Cool. Youpi.
-C’est vous le doc, doc.
-Vous devriez revenir ici, maintenant, Nolim, dit Richter.
-Bien reçu. J’amorce l’escalade du couloir en sens inverse. Nolim, terminé.

Lorsque Laurent passa la tête par l’entrée de la salle de contrôle, il trouva Colt toujours tétanisé.
-C’est lui qui était le plus prés de Richter lorsqu’elle a crié, souffla Newton. Pauvre gars. J’ai parfois souhaité qu’un truc horrible lui arrive, mais quand même pas à ce point là.
-C’est moche, reconnut Laurent à voix basse.
-Contente de vous voir de retour, Nolim, dit Richter avec un entrain de prof de gym. Alors, doc, où en êtes vous de vos calculs ?
-D’après eux, expliqua Newton, nous devrions être fixés d’ici une soixantaine de minutes.
-Laissez moi deviner, dit Laurent. Cinquante-huit minutes très exactement, non ?
-Mince alors, s’exclama Newton en écarquillant les yeux, comment…
-Rien qu’une intuition, se défendit Laurent.
-En attendant, je propose que nous nous restaurions, dit Richter. Quelqu’un veut une tranche d’ananas ?

Et les minutes s’écoulèrent. Elles s’écoulèrent très vite. Les minutes s’écoulent toujours vite lorsque l’on se dit qu’elles sont peut être les dernières.
-D’un moment à l’autre, maintenant, dit Newton.
-Ca été sympa de travailler avec vous, dit Laurent.
-Allons, pas de défaitisme, dit Richter.

Quelques échos de respirations inquiètes résonnèrent encore, puis quelque chose se produisit, qui n’était définitivement pas rien. Une lumière orangée emplissait désormais la pièce, et Laurent se sentait fiévreux. Des « bulles », certaines plus claires que la couleur dominante, d’autres plus sombres, sortaient à toute vitesse du plancher avant de disparaître au plafond. Tandis qu’il contemplait l’étrange spectacle, Laurent retrouva la sensation de vertige éprouvée quelques temps auparavant.
-Nous tombons, dit Newton. C’est confirmé.
-Je crois que je vais vomir, dit Laurent qui exagérait toujours pour ces choses là. C’est comme regarder le paysage défiler au niveau des roues du TGV. Au bout d’un moment, il me faut absolument détourner le regard. Sauf que là c’est impossible.
-Vous n’avez qu’à fermer les yeux, lui conseilla Richter.
-J’ai essayé, gémit Laurent. Ca change rien.
-Merde ! jura Newton. Il a raison ! Si je ferme les yeux, je continue à voir de la roche en fusion. Ce qui est normal vu qu’elle est non seulement autour de nous mais aussi à l’intérieur de nous.
-Je retire ce que j’ai pu dire jusqu’alors, pleurnicha Laurent. L’enfer existe. Nous y sommes.

Puis Laurent retrouva son calme alors qu’une idée le percutait. Une idée à la Rodney McKay. Pas de celles qui apportent une solution miraculeuse aux situations les plus désespérées, non. L’autre catégorie.
-Euh… Ca veut dire que chacune de mes cellules est éclairée de l’intérieur, non ?
-Oui, confirma Newton.
-Alors, si on s’en sort vivant, ce sera pour mourir de cancer généralisé.
-Allons, se défigea soudain Colt. Sheppard a piloté un chasseur dans le voisinage immédiat d’une étoile, et il n’a même pas eu un coup de soleil.
-Sheppard a le cul bordé de nouilles, capitaine, dit Newton.
-Je vous préviens, dit Richter, si vous recommencez une dispute, je hurle.

L’assistance sembla reconnaître l’argument comme péremptoire.
-C’est pas tout ça, dit Colt en lançant des regards inquiets à Richter, mais, maintenant que nous savons jusqu’où exactement nous sommes dans la merde, comment en sort t’on ?
-J’ai peut être une idée, dit Laurent.
-On vous écoute.
-N’y aurait t’il pas moyen d’utiliser l’élan de notre chute pour ressortir de l’autre côté de la planète ?
-Ca, monsieur Nolim, dit Newton en secouant la tête, c’est une idée vraiment stupide.
-Vraiment ? Vous êtes sûr que…
-Oui.
-Y a vraiment pas moyen de…
-Non.
-Tant pis alors, c’était juste une idée, comme ça.
-Il va nous falloir en trouver une autre, dit Colt, et vite.

A partir de là, les heures s’écoulèrent lentement. Laurent essaya de dormir, mais c’était peine perdue sans l’usage de ses paupières. Richter voulut faire sa gym, mais elle comprit vite que son sang était désormais légèrement au-dessus de 37°C, et supportait donc mal un stress supplémentaire. Colt se sentit à nouveau gagné par la mauvaise humeur. Bref, et comme dans toutes les équipes SGA, seul le physicien se creusait vraiment la tête pour trouver une solution. « Ressortir de l’autre côté de la planète, marmonnait Newton pour lui seul. C’est bien une idée de biologiste adulescent, ça. Il faudrait que nous puissions accélérer encore notre chute, gagner un élan supplémentaire avant et après avoir franchi le noyau central. Mais nous n’avons aucun point d’appui pour cela, alors c’est fichu. Le seul élément extérieur avec lequel nous interagissons encore est la lumière. Ca supporte rien, la lumière. C’est juste une saloperie de phénomène électromagnétique. Et qu’est ce qu’on a sur notre trajet, hein ? Le noyau central, oui, je l’ai déjà dit. Et c’est quoi, le noyau central ? Du fer, oui, du fer en fusion, qui a décanté là après l’accrétion originelle de la planète, parce que c’était l’élément le plus lourd. Rien qu’une boule de ferraille en fusion. Une grosse dynamo naturelle qui génère le champ magnétique de la planète. Alors, hein, je suis censé faire quoi, moi ? » Newton marqua une pause. « Bon sang de bonsoir de bons dieux de bois » ajouta t’il.
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Jeu 12 Avr - 20:39

Le major Lorne conduisait un puddle jumper dans les eaux bleues des fonds océaniques. Ce qui était anormal. L’eau est incolore à l’état liquide, et n’avait aucun ciel à refléter à ces profondeurs. Tandis que ses yeux scrutaient les étendues de sable oppressées par la pression, le monde autour du major Lorne était tout entier coloré de ce bleu incongru, jusque dans le jumper, jusque sur ses mains. Mais Lorne ne s’en étonnait pas. Au contraire, il avait compté sur ce voile bleuté pour lui révéler… ce qui restait malgré tout caché.
Assis sur le siége du copilote, le docteur Zelenka tourna vers le major Lorne un regard aveugle, comme s’il parlait à du vide.
-Nous sommes presque au-delà de la fenêtre de sécurité, dit Zelenka. Vous devriez éteindre le bracelet Sodan.
-Soit, soupira Lorne en pressant l’unique bouton de l’occulteur portatif, ce qui redonna au monde ses couleurs naturelles et permit à Zelenka de fixer son interlocuteur. Radiations ou pas, il n’y a rien à voir.
-L’appareil de Merlin et le prototype de Hératépaix n’utilisent peut être pas la même dimension. Cela expliquerait pourquoi cette base vous reste invisible. Bien sûr, on peut envisager une autre explication.
-Oui. La base ne serait vraiment plus là. Mais, en ce cas, où serait elle ?
-D’après la Tok’Râ, les Goa’ulds ont fait quelques expériences sur le déphasage. Mais ils ne sont jamais parvenus à isoler une dimension précise, seulement un bouquet erratique. Le résultat de ces recherches fut… euh… le zat. Il nous faut donc envisager que la base puisse être… euh… un peu partout.
-Un pan de mur dans une dimension, une porte dans une autre… Ouais, je vois le tableau.
-Je pensais à des morceaux plus petits. Une molécule ici, une autre là. Le tout pour ainsi dire éparpillé aux quatre vents
-Si ça ne vous fait rien, doc, on va s’en tenir au scénario où la base est encore en un seul morceau. Généralement, l’optimisme nous réussi bien. Bon, retour sur Atlantis.

Retrouver le site de la base n’avait pas été chose aisée. En l’absence de Laurent, il avait d’abord fallu gagner la planète par sa porte principale, une porte orbitale. Ensuite, Lorne avait à nouveau composé l’adresse de la planète, depuis la porte orbitale. Ainsi ordonnée de se contacter elle-même, la porte s’était contentée de vibrer. Mais la porte secondaire avait aussi été prise de secousses, et le sismomètre du jumper l’avait ainsi repérée. Une fois la porte sous-marine atteinte, Lorne avait suivi les indications laissées par l’équipe de Colt, retrouvant enfin le site. A la place de la base lantienne, Lorne et Zelenka n’avaient cependant trouvé qu’un cratère. C’est là que Zelenka avait eu l’idée de l’occulteur Sodan, puisque le SGC en avait justement prêté un à l’expédition. Après encore un aller-retour vers et depuis Atlantis, toutes ces allées et venues se soldaient par un échec. Au moins, il n’était pas nécessaire d’avoir le Navigo pour utiliser la porte secondaire lorsqu’on l’avait devant soi.

-Si on retrouve Nolim vivant, déclara Lorne tandis que se formait le vortex, j’aurai plaisir à lui expliquer ma combine pour localiser une porte secondaire sans le Navigo.
-Ca lui fera sans doute plaisir, répondit Zelenka avec un optimisme forcé.

Pendant ce temps, à plusieurs centaines de kilomètres en sous-sol, le docteur Newton tenait conférence.
-Voici l’idée, dit il. Si je parviens à polariser la coque extérieure de la base de manière adéquate, nous pourrons utiliser le champ magnétique de la planète pour nous propulser. Plus nous serons proches du noyau, plus nous serons, métaphoriquement parlant, à l’intérieur d’un canon magnétique, susceptible de nous expulser vers la surface. Reste cependant le problème de l’accélération que nous devrions alors encaisser, bien trop importante pour nos organismes. J’ai cependant découvert que cette base était à l’origine un vaisseau spatial. Hératépaix en a démonté les moteurs pour construire sa machine, mais les amortisseurs inertiels sont toujours là. Il nous suffit donc de les remettre en fonction. Enfin, quand je dis qu’il nous « suffit », cela ne se résume malheureusement pas à appuyer sur un bouton. Voici un plan de la base que j’ai imprimé sur un transparent.
-Attendez, l’interrompit Laurent. Vous voulez dire que vous décryptez des logiciels extraterrestres, mais que vous ne savez pas vous servir de Power Point ?
-Ce n’est pas vraiment le sujet de cet exposé, monsieur Nolim. Bref, voici la pièce où nous nous trouvons. Les amortisseurs inertiels sont au nombre de quatre, à raison d’un à chaque sommet du tétraèdre, comme vous pouvez le constater sur ces différentes vues en coupe. Voici quatre trajets pour les rejoindre, et autant d’obstacles.

Newton poursuivit son exposé, avec maintes interruptions venant d’un auditoire incrédule. Finalement, Colt confia un amortisseur inertiel à chaque membre de l’équipe, et chacun partit vers sa destination.

Colt s’était attribué l’amortisseur situé tout en haut de la base. En tant que chef, il se devait d’occuper le « sommet » au sens commun du terme. Sa progression à travers les couloirs était facilitée par leur architecture en créneaux, mais aussi par les placards de téléportation. Cela restait malgré tout une entreprise délicate. Au deux tiers du parcours, Colt se trouva devant l’obstacle évoqué par Newton. Pour atteindre l’amortisseur, il lui fallait traverser la cuisine de la base. Bien que techniquement extraterrestre, c’était un décor tout ce qu’il y a de familier. Les Anciens se servaient d’ustensiles et de couverts semblables aux nôtres. Il y avait là des casseroles, des poêles, des batteurs à œufs, des rouleaux à pâtisseries, ainsi que des cuillères, fourchettes et couteaux de tailles et de formes variées. Se trouvaient également là des assiettes de porcelaine et des verres de cristal, mais la plupart s’étaient brisés lorsque la base avait brusquement amorcé sa chute. L’ennui, c’était que tout ceci errait maintenant en état d’apesanteur à travers la salle. Le spectacle ne manquait pas de charme, mais évoquait des mots comme « contondant » et « coupant ». Tandis qu’il songeait aux diverses blessures auxquelles il allait bientôt être exposé, Colt aperçu de terribles charognards prêts à rendre ces blessures encore plus douloureuses. Car, oui, il y a avait là des salières, chacune suivie d’une traînée cométaire de sel. Réunissant son courage, Colt s’empara d’une poêle. « On ne me la fait pas, à moi. Vous allez voir ce qu’un enfant des fast-food fait de la grande cuisine » dit il avant de se lancer dans la bataille.

Newton se trouvait devant une autre sorte d’obstacle. Un obstacle fait d’une grande étendue de rien. Il lui fallait traverser un vaste hangar inoccupé, lequel n’offrait que peu de prises. Newton n’avait en réalité d’autre choix que de se laisser dériver d’une extrémité à l’autre de la pièce. Tout dépendait de l’impulsion de départ. Le cœur battant, Newton lâcha le montant de porte auquel il se tenait, sortit un pistolet, et fit feu dans la direction opposée à celle où il souhaitait se rendre. Action, réaction, Newton se trouva propulsé, vite, trop vite.

Richter avait hérité du parcours le plus physique. L’un des amortisseurs, du fait des aménagements effectués sur la base, n’était plus accessible que de l’extérieur de cette dernière. Richter avait déniché un scaphandre de plongée et, curieusement, il était parfaitement adapté à la situation. Le champ de déphasage s’étendait en effet un peu au-delà des murs de la base, et une certaine quantité d’eau s’était retrouvée entraînée dans la chute. Un peu de sable avait d’ailleurs connu le même sort, et se mélangeait depuis à l’eau. Richter se retrouva donc à nager dans une eau en apesanteur, passant au travers de roches en fusion. Aux SGC et sur Atlantis, on apprend à ne plus s’étonner de rien.

Laurent se trouvait lui aussi confronté à une histoire d’eau. Il lui fallait traverser un secteur de la base qu’il était tenté d’appeler le seaquarium, en référence au seul autre parc zoologique aquatique de sa connaissance. Les Anciens avaient réalisé un travail remarquable en termes d’écosystèmes miniatures. Plusieurs espèces de poissons survivaient là depuis dix mille ans, et l’installation ne consommait qu’une quantité infime d’énergie. Hélas, l’eau était sortie de ses conteneurs et rebondissait sur les murs en une myriade de sphères bloblotantes. Laurent voyaient des bancs de poissons se déplacer à travers les couloirs à mesure que les boules de liquide fusionnaient et se redivisaient. Lui-même, au contraire, faisait de son mieux pour rester au sec. C’est alors qu’il aperçut un banc de poissons différent des autres. Comme aurait dit le capitaine Gloomy, c’était un banc avec un seul poisson, et très, très, très, très gros, le poisson.

De son côté, Colt, sorti victorieux de son combat contre l’argenterie, se trouvait lui aussi devant un monstre inquiétant. Autrefois, il devait s’être agi d’un dessert, semblable à une de ces gelées dont beaucoups aux SGC raffolent pour une raison obscure. Mais celle-ci avait été oubliée dans son coin pendant dix mille ans, et elle était en colère. Que sa couleur d’origine ait été le vert, le rouge ou le bleu, la chose était maintenant dans les tons de péremption. Par rebonds successifs contre les parois du couloir de sorti, elle avait tissé une toile gluante en travers du chemin. Colt avait voulu dégager la voie avec sa poêle, mais la toile avait tenu bon et l’ustensile en était maintenant prisonnier. De plus, la gelée s’était mise à faire des bulles, et Colt était prêt à jurer qu’elle s’était sensiblement rapprochée de la poêle.

Newton procédait à un inventaire. Une tête, deux bras, deux jambes et, comme aimait à le répéter John Sheppard, il vérifierait le reste plus tard. Apparemment, il était en un seul morceau. La porte menant à l’amortisseur inertiel était à sa droite, mais un tout petit peu trop loin. Le mur dans lequel la porte se découpait était lisse, et, en prenant appui dessus, Newton ne réussirait qu’à s’éloigner encore plus de son objectif. Tirer un second coup de feu serait également une très mauvaise idée. Il lui fallait trouver un autre moyen de se mouvoir.

Richter atteignit la première son but. Elle trouva le panneau dans la paroi, et commença à le dévisser.

Ce n’était pas un requin. S’il avait été posé sur le ventre, sa nageoire postérieure se serait trouvée à l’horizontale, comme celle d’un dauphin, d’une baleine ou d’un orque, voire d’un phoque. De plus, et bien que dépourvu de trou sur la tête, il trahissait une respiration aérienne. Plutôt qu’un poisson, c’était donc le descendant d’animaux terrestres retournés à la vie aquatique. Néanmoins, en dehors de ces détails d’un grand intérêt zoologique, c’était… ben… un requin, de grand format, avec beaucoup de dents. Il bondissait de masse d’eau en masse d’eau, se rapprochant d’un Laurent vert de trouille. En sport, à l’école, quand il fallait former des équipes, le jeune homme était toujours le dernier choisi. Pas l’avant-dernier, mais bien le dernier, et ça n’avait rien d’étonnant. Mais on dit que la peur donne des ailes. Sautant d’un mur à l’autre, Laurent parvint à esquiver les redoutables mâchoires par trois fois. Tandis qu’il échappait de justesse à un quatrième assaut, il prit conscience d’un détail capital. Il faisait partie d’une équipe d’exploration. Même si cela le rendait nerveux et qu’il préférait habituellement l’oublier, il avait sur lui une arme à feu.

Les balles n’avaient aucun effet sur la créature. Colt avait même l’impression que la gelée dissolvait le métal. Ayant épuisé les autres possibilités, le capitaine voulu saisir une grenade dans sa veste. Sa main se referma sur un autre objet, de forme semblable mais de couleur jaune. Colt constata son erreur, mais murmura « Et pourquoi pas ? ».

Si McKay ne partait jamais en mission sans sa crème solaire indice 100, Newton avait aussi sa petite manie. Comme un éventail faisait quelque peu efféminé, il avait fait l’acquisition d’un ventilateur de poche. Il se félicitait maintenant de posséder ce gadget. Ce n’était peut être pas l’événement le plus glorieux de l’histoire de l’aéronautique, mais Newton, porté par le vent, se rapprochait de la porte.

Richter retira le panneau. Pour la suite, elle allait avoir besoin de Newton, lequel n’allait sans doute pas vouloir se répéter. Elle attendit.

Des gouttes de sang flottaient dans l’air. Les balles avaient cueilli le requin alors qu’il effectuait sa cinquième attaque. Laurent s’extirpait comme il le pouvait de la bulle d’eau dans laquelle le recul des coups de feu l’avait catapulté. Au moins, cela lui donnait un alibi plausible pour son pantalon mouillé.

Colt avait vu juste. La chose était allergique au citron. Sitôt le fruit absorbé, elle s’était ratatinée sur elle-même, parcourue de convulsions et d’arcs électriques. Sa toile s’était déchirée autour d’elle. Le passage était libre. « Crève, pourriture culinaire » déclara Colt avant de poursuivre son chemin.

Quelques minutes plus tard, tout le monde était à son poste.
-Bon, dit Newton dans son talkie-walkie, vous devez avoir trois boutons devant vous, un rouge, un orange et un bleu.
-Chez moi, répondit Laurent, ils sont tous bleus.
-Idem ici, signala Richter.
-Pour moi, ça marche, dit Colt.
-Bon, alors, reprit Newton, le rouge, c’est celui de gauche, et l’orange, c’est celui du milieu.
-Logique, dit Laurent.
-Moi je veux bien, dit Richter, mais je vous rappelle que je suis toujours à l’extérieur de la base. Alors, du coup, la droite, la gauche, c’est interchangeable.
-Tenez vous debout devant la base, conseilla Newton.
-D’accord, mais maintenant les boutons sont alignés verticalement.
-Bon, alors, le rouge, c’est celui, disons, du bas.
-Comment ça, « disons » ?
-J’en suis presque sûr. Bon, maintenant, c’est simple. C’est comme pour régler la minuterie d’un four à micro-ondes. Vous maintenez les boutons rouge et bleu enfoncés, ou gauche et droite, ou bas et haut. Ensuite, sans lâcher les boutons rouge et bleu, vous appuyez succinctement trois fois sur le bouton du milieu. Après, toujours sans lâcher les boutons rouge et bleu, ou gauche et droite, ou bas et haut, vous gardez enfoncé le bouton orange, celui du milieu. C’est seulement là que vous lâchez le bouton rouge, sans lâcher les autres. Puis vous tournez le bouton rouge de 180°.
-Avec des doigts gantés, ronchonna Richter, ce n’est pas très pratique.
-Ensuite, vous lâchez le bouton orange, du milieu, et vous le tournez de 90° vers la gauche.
-Donc vers le bas, dit Richter.
-Exact. Puis vous enfoncez à nouveau les boutons rouge et orange, et vous lâchez le bouton bleu. Et là, vous appuyez deux fois sur le bouton bleu. Et vous lâchez tout. Ah, merde !
-Chez vous non plus, il ne se passe rien ? demanda Laurent.
-J’ai du me tromper pour l’histoire du haut et du bas, avoua Newton. C’est qu’il faut vraiment le faire tous en même temps. Bon, on reprend à zéro.
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MessageSujet: Re: Le Navigo (épisode pilote)   Jeu 12 Avr - 20:39

Finalement, ils activèrent les amortisseurs inertiels. On entendit alors un choc sourd, ou plutôt deux chocs synchrones, puis Colt et Laurent lâchèrent des jurons.
-Vous auriez pu nous prévenir que cela remettrait aussi en service la gravité artificielle ! cria Colt.
-Ben, ça m’étonne, se défendit Newton. Vu qu’on tombe… Il faudra que j’étudie le fonctionnement exact de ce dispositif. De toute façon, le panneau était au bas de l’appareil.
-Non, corrigea Laurent. De mon côté, il était en haut d’une échelle, et j’aurai bien aimé me tenir à cette échelle. Aïe.
-Pareil pour moi, dit Colt avec un ton annonciateur de dispute.
-Aucun problème de mon côté, dit Richter.
-Bon, alors, hésita Newton, nous devrions maintenant retourner à la salle de commande.

Tout en massant ce sur quoi il avait douloureusement atterri, Laurent jeta un dernier coup d’œil à l’amortisseur inertiel. L’appareil ressemblait à une machine à laver pour géant. Laurent refit le chemin en sens inverse, cette fois d’un pas chancelant qui avait au moins le mérite d’être un pas. Tandis qu’il croisait divers poissons mourrants, il remarqua que certains cadavres dataient d’avant le rétablissement de la pesanteur. Par le jeu des mélanges, des poissons d’eau douce s’étaient retrouvés dans de l’eau de mer, ce qui équivalait pour eux à un séjour chez une tribu de réducteurs de têtes. Inversement, des poissons marins avaient barboté dans l’eau douce, et avaient explosé comme un ballon trop gonflé. Le requin était toujours là, désormais nettement moins menaçant. Mais Laurent préféra cependant raser un mur. Lorsqu’il atteignit la salle principale, Colt et Newton étaient à nouveau lancés dans ce que les parents de Laurent auraient appelé une discussion animée. Laurent attendit l’arrivée de Richter, laquelle rétablit instantanément le calme.
-On ne croirait pas que c’est moi qui viens de nager, dit cette dernière avec un haussement de sourcil.
-Ben, il y avait des aquariums, rappela un Laurent trempé à une Richter parfaitement sèche.
-La suite devrait se passer plus tranquillement, dit Newton en pianotant sur son ordinateur.

Ils sentirent à peine l’accélération, mais la roche en fusion devint de plus en plus floue. Newton leur annonça bientôt qu’il venaient de traverser le noyau ferreux et se dirigeaient à nouveau vers la surface. Puis la roche incandescente disparut, et ils ne virent plus que la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Laurent pu enfin fermer les paupières convenablement. Newton les invita à aller à la fenêtre la plus proche. Là, ils virent d’abord l’obscurité, puis une forêt apparut, la cime des arbres pointant vers le bas. La base s’éleva dans le ciel, gagna des hauteurs orbitales, puis s’arracha à l’attraction de la planète.
-Euh, hésita Newton dans la radio. Vous devriez revenir en salle de commande. Il se pourrait que nous ayons encore un léger problème.
-De quelle nature ? demanda Colt sans quitter la fenêtre.
-Mes actions avec le magnétisme ont déstabilisé le champ de déphasage. Heureusement, j’avais prévu cette possibilité, et mis en place un programme pour suralimenter l’appareil. Seulement, maintenant, les réserves en énergie sont presque épuisées. Le champ va céder d’un moment à l’autre.

Deux heures plus tard, sur Atlantis.
-Nous avons alors ramené la base en phase, et sommes partis avec le puddle jumper, expliqua Colt. Nous avions largement le temps pour cela, mais l’ennui est que, dans maintenant trois heures…
-Deux heures trois quarts, corrigea Newton.
-… la base percutera un astéroïde, termina Colt.
-Ce qui est trop court pour que le Dédale atteigne la planète et tente quoi que ce soit, compris le docteur Weir. C’est remarquable, capitaine. Vous explorez une base engloutie, et elle finit écrasée contre un astéroïde. Avez-vous pu rapporter quelque chose, malgré tout ?
-Euh, oui, dit Colt sans enthousiasme.
-Et de quoi s’agit t’il ?
-D’une forme de vie extraterrestre rencontrée dans la base, répondit Laurent. Le capitaine l’a appelé Slimer. On pense qu’elle s’est développée dans l’espace confiné de la cuisine de la base. Je ferais volontier ma thèse sur le sujet, si vous me le permettez, docteur Weir.
-Est elle dangereuse ?
-On ne sait pas encore. Le capitaine croyait qu’elle était morte, mais non. Disons qu’une partie de la chose vivait encore, et a dévoré l’autre partie. Et, maintenant, elle semble avoir beaucoup d’appétit pour le citron.
-Alors soit, mais soyez prudent. Vous pouvez disposer.

Ainsi Laurent put il aller se reposer. Loin de là, dans un autre recoin de l’univers, l’anomalie N oscillait toujours entre la non-existence et le vaste champ des possibles.

FIN.
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